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Aux sources de la mort de Samuel Paty, l’aveuglement volontaire de l’Education nationale

La barbarie islamiste a franchi un nouveau cap en France, vendredi 16 octobre 2020. Après des années de recul de la liberté d’expression dans notre pays, après des années de lâcheté institutionnelle, c’est par le meurtre et la décapitation d’un représentant des premières lignes de la République, Samuel Paty, que s’est poursuivie la descente aux enfers d’une France plus que jamais impuissante face au totalitarisme islamiste. Comble de l’abjection, c’est par un criminel auquel nos autorités avaient octroyé un titre de séjour de dix ans et le statut de réfugié politique, que ce professeur a été assassiné.

Ce crime odieux est le prix que nous payons, aujourd’hui, pour les renoncements d’hier. Cet assassinat est le résultat des faiblesses, et des refus de prendre acte des mutations qui se sont opérées à bas bruit dans la société française depuis des décennies. Il est la matérialisation des mises en garde que nous adressent depuis des années, dans un silence assourdissant, des personnalités de la société civile aussi diverses que Georges Bensoussan, Zineb el Rhazoui, Bernard Ravet ou, plus récemment encore, Jean-Pierre Obin. Tous dressent un constat sans ambiguïté : dans des zones entières de notre pays, c’est la loi islamiste qui s’applique désormais. Par la violence, jusqu’au meurtre, parfois. Mais aussi, plus sournoisement, par l’obligation d’autocensure, par l’intimidation, par la pression implicite qu’elle fait peser sur des centaines de milliers de nos concitoyens. Des Français qui, du fait de la peur, du fait aussi de la certitude qu’ils auront de ne pas être soutenus par leur entourage ou par leur hiérarchie s’ils dénoncent ce dont ils sont les témoins, préfèrent se taire. Jusqu’à ce que l’irréparable soit commis.

Les professeurs, au même titre que les forces de l’ordre, que les personnels hospitaliers ou les agents servant aux guichets des services de l’Etat, sont les premiers témoins de cette lame de fond qui, peu à peu, inhibe les comportements et les consciences, et prospère sur la loi du silence qu’entretient l’administration elle-même. « Pas de vague » : voilà la règle. Et tant pis si elle débouche, en bout de chaîne, sur le meurtre et sur la barbarie. Une actualité chassant l’autre, l’Education nationale aura tôt fait, dans les prochaines semaines, d’anesthésier tout débat de fond sur la radicalité islamiste s’exprimant dans les établissements scolaires, en distribuant des énièmes « livrets laïcité » pleins d’injonctions inapplicables dans les faits, en organisant des « tables rondes » ou des « ateliers » aussi réconfortants qu’inoffensifs face à la dramatique dégradation du réel. Et nous pourrons repartir pour un nouveau cycle de tranquille aveuglement, où les « rapports d’incident » continueront à remonter aux personnels d’encadrement des établissements scolaires. A être lus distraitement. A être étouffés. Certains enseignants se voient même reprocher de les avoir rédigés.

Triste rappel de cette capacité à tuer dans l’œuf les faillites les plus évidentes : qui se rappelle ce récent sondage réalisé par l’institut Ifop en septembre dernier ? 40 % des enseignants français y déclaraient s’autocensurer pour éviter de « créer des problèmes » avec leurs élèves. Dans les zones d’éducation prioritaires, ce taux excède même 50 %. Et il est permis de supposer que ce chiffre est largement sous-évalué, tant est forte l’omerta au sein de l’Education nationale : face aux incidents, la première des priorités consiste, c’est même la règle, à pointer du doigt les professeurs et à interroger le contenu de leurs enseignements – trop « clivants », pour ne pas dire « stigmatisants ». Pourtant, déjà en 2018, une note des services de renseignement à destination d’Emmanuel Macron relevait les dérives du communautarisme musulman à l’école : enfants refusant de dessiner des représentations humaines ; se bouchant les oreilles lorsqu’est diffusée de la musique en classe ; pratiquant le ramadan de plus en plus jeune, et demandant des aménagements systématiques pour que l’école s’adapte aux diktats religieux ; voire, ostracisant leurs camarades « musulmans de culture », et les insultant, lorsque ceux-ci acceptaient de manger de la viande non halal à la cantine. Que s’est-il passé depuis ? Une énième « plateforme d’écoute » a été mise en place. A-t-on idée de pouvoirs publics plus incapables de se hisser à la hauteur des enjeux ?

Mais le plus grave, c’est la façon dont l’islamisme, par-delà l’institution éducative, fissure de l’intérieur nos institutions démocratiques. Dans un livre sorti il y a moins d’un an (Les territoires conquis de l’islamisme, 2020), le sociologue Bernard Rougier dressait des constats tous plus alarmants les uns que les autres sur ce sujet, estimant qu’à Aubervilliers ou à Tremblay-en-France, il fallait désormais « passer par la mosquée pour trouver un logement social ou un emploi dans l’équipe municipale ». Une situation que l’intéressé a de nouveau rappelée devant la commission d’enquête sénatoriale consacrée à ce sujet en août dernier. Qui s’en est soucié ? De même, aux dernières élections européennes, comme aux municipales, ce sont des listes communautaires qui fleurissaient, ne suscitant rien d’autre que des haussements d’épaules : 40 % pour une liste de l’Union démocratique des musulmans de France dans le quartier de l’Epinette, à Maubeuge ; phénomènes similaires à La Courneuve, Montereau et Vaulx-en-Velin.

Mais il faut croire que, pour ceux qui prétendent nous gouverner, tout cela ne suffit pas à faire de cette incroyable situation la préoccupation centrale des pouvoirs publics. Quand donc s’arrêtera notre formidable capacité de déni face au détournement de nos institutions ? Car il est bien facile de dénoncer le clientélisme municipal, alors même que les services de l’Etat lui-même, à commencer par l’Education nationale, détournent le regard depuis des décennies face à la conquête des esprits menée par l’islam politique.

Le bilan de l’institution éducative française est désastreux. Notre pays a réussi l’exploit d’avoir, non seulement des enseignants qui font partie des plus mal payés de l’OCDE – comme en témoigne la désaffection massive qui touche les concours du CAPES et de l’agrégation depuis des années. Mais également, en plus de cette maltraitance institutionnelle, d’avoir placé les professeurs entre le marteau de l’islam conquérant et l’enclume du déni, quand il ne s’agit pas de l’opprobre, d’une administration qui rémunère ses cadres en proportion de leur capacité à mettre la poussière sous le tapis. Et, en filigrane, notre système éducatif est progressivement détruit, de réformes démagogiques en ajustements qui ne sont en réalité que des compromissions prenant acte de l’effondrement du niveau des élèves. Et l’on s’étonnerait hypocritement, dans un tel maelström, que plus personne ne souhaite devenir professeur dans notre pays ?

Oui, la mort de Samuel Paty est une manifestation supplémentaire et dramatique, de l’effondrement de l’Education nationale. Elle est la rançon de l’impuissance organisée de l’Etat. Elle est un tribut s’ajoutant à celui que les enseignants de ce pays doivent déjà payer chaque jour, souffrant en silence des humiliations infligées par les élèves, leurs parents, et leur hiérarchie. Elle est le symptôme le plus bouleversant de la décrépitude de notre fierté nationale. Elle nous oblige à défendre de nouveau notre héritage, notre histoire et nos principes. Ne négocions plus jamais avec les nouveaux censeurs. Trop de sang a coulé pour que nous puissions nous permettre, demain, de nouvelles reculades.